Histoire de la Musique (3)

LA RENCONTRE

En des temps reculés nous avions donc le Blues et le Cha-cha-cha. C’était déjà pas mal, parce qu’on pouvait les mélanger et obtenir soit un Tango, soit une marche militaire russe, ça dépendait des proportions. Le mélange, on le sait bien, c’est bon sur tous les plans. Par exemple, il est bon de mélanger la sauce avec les pâtes, il est bon de mélanger des petits papiers dans une casquette avant d’en tirer un au hasard et découvrir qu’on a la paille la plus longue. Pour le pur bonheur de la musique, qui entamait ses jeunes années, les hommes des temps reculés se mélangeaient eux aussi. Les hommes avec les femmes, les jeunes avec les vieux, les trop vieux avec les animaux de compagnie, qui ne savaient pas dire non, et les trop jeunes on les envoyait se coucher. Ils vont quand même pas nous faire chier ces petits merdeux, il n’y a rien de pire que d’être trop laxiste.

Or, par un beau jour d’hiver très froid, un peuple nomade pénétra les terres de la tribu, bien sédentaire elle, de Ceux Qui Ont Des Cors Au Cul. Nous les appellerons les Koröcùl, ça fera genre temps reculés. Les nomades se pelaient justement un peu les parties et les habitations des autochtones étaient ma foi bien confortables, toutes en branches d’acacias. L’acacia qui, au passage, servit à concevoir l’ancêtre de la scie musicale. L’archet était à l’époque une branche d’acacia, et à la place de la scie, on prenait un chat. Selon comment on tordait le chat on pouvait obtenir de très jolis sons. Les nomades, donc, demandèrent à séjourner dans les huttes de fortunes des Koröcùl, mais ces derniers refusèrent fermement et la nuit se réunirent en petits groupes chez les uns et chez les autre. « Oui, on est plus chez nous! Mais mon bon monsieur, mais oui! Mais c’est qu’ils viendraient se servir dans nos frigos, et violer nos vierges, et détourner nos mineurs, la nuit, pendant qu’on est ici à parler! » Et alors il y eut un genre de silence pendant lequel tous semblaient se demander, sous leur gros front d’Hommes des temps reculés, s’ils ne feraient pas mieux de rentrer chez eux, mais finalement, bon, ici au moins il y avait des petits fours.

Un jour, il fallut pourtant se rendre à l’évidence : ils allaient bien devoir apprendre à vivre ensemble. Alors, au début, ils partagèrent les mots, pour pouvoir se comprendre, puis il partagèrent la nourriture, pour pouvoir vivre, et enfin, ils partagèrent les femmes, pour pouvoir rigoler un peu, le soir venu, en rentrant du travail. Enfin, c’était la belle vie. Mais un soir de fête, alors que l’orgie la plus totale battait son plein, les Koröcùl qui savaient le Blues, se mirent à jouer, dans leur coin, avec leurs guitares, l’ombre d’un chapeau cachant leurs visages. Les nomades, qui eux, politiquement, étaient plutôt Cha-cha-cha, commençaient un peu à s’emmerder et qu’est-ce qu’ils crânent ces cons-là avec leurs gémissements, ma grand-mère mongolienne peut faire la même chose ! Alors ils se dirent, on va jouer plus fort, et basta! Et le miracle fut, à nouveau. Les deux entités musicales se rencontrèrent dans un choc abasourdissant. Et je vous jure que ce mot est dans le dictionnaire. De ce mélange entre Cha-Cha-Cha et Blues naquirent les Polyphonies Corses. Comme quoi, la musique ce n’est pas une science exacte.

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