Histoire de la Musique (6 – 2)

LES ANIMAUX (partie 2)

Il existe un autre être trop souvent oublié à l’heure de rendre justice aux grands serviteurs de la musique : le perroquet.

Aux meilleures époques de la flibuste, les corsaires comptaient parmi leurs amis les plus intimes de somptueux oiseaux aux couleurs vives et variées encore mal connus des gens de terre, mais ceux-là, que connaissaient-ils de la vie à passer leurs heures aux champs, hein ? On se le demande bien. De vieux rétrogrades à l’esprit trop étriqué pour entrevoir les bienfaits fondamentaux de l’Aventure, voilà ce qu’ils étaient. Les corsaires, eux, la connaissaient l’Aventure : la navigation, l’exploration, le pillage et le viol, la mise à sac de contrées légendaires, les feux fait de tout bois mais surtout de bois de huttes et de cases qui poussaient alors très bien dans les villages, la vie vraie quoi ! Oui, oui, l’Aventure c’est bien beau, mais c’est encore mieux à raconter autour d’un feu, la nuit tombée, avec de belles saucisses espagnoles, ou d’espagnols, c’est selon, une fois le butin bien au frais dans les cales du vaisseau. C’est ces instants que choisissaient les plus valeureux des pirates pour narrer leurs exploits en chanson, de très belles chansons que leur inspiraient les gnôles et les viandes par trop faisandées et dont encore aujourd’hui nous connaissont les airs. Parmi les plus célèbres voici quelques extraits :

« Etions cents, étaient trois
Vierges aux trous étroits,
Et par trois fois souillâmes
Et leur corps et leurs âmes
»

« De la mer venions,
Et ronds, et ronds, pas tapant le pont !
Leur fîmes le gnon,
Et rond, et rond, pas tapant le pont !
»

ou encore,

« Ah, c’qu’on est heureux de partir en vacances
Tous à la queue leu leu
À vingt-cinq à l’heure, on traverse la France
Tous à la queue leu leu
Et des Batignolles à la Costa del Sol
Tous à la queue leu leu
Dans trois jours si on peut, on s’ra dans les flots bleus
Tous à la queue leu leu
»

Perchés sur l’épaule des marins, le perroquet écoutait avec grand intérêt ces mots délicieux à la qualité musicale indiscutable. Si bien que lorsque le capitaine avait trop bu et préférait trousser son mousse plutôt que chanter l’opérette, l’oiseau prenait le relais. Ainsi, ces exotiques piafs parleurs disposaient à la longue d’un répertoire hallucinant, surtout ceux dont le capitaine aimaient particulièrement les mousses. Vous allez me dire, c’est bien beau tout ça, mais qu’est-ce que j’en ai à faire moi. Laissez-moi donc poursuivre, sale impoli, si vous m’interrompez tout le temps on est pas prêt d’y arriver. Un perroquet ayant une espérance de vie estimée entre 30 et 50 ans, on peut facilement comprendre qu’à cette époque ils survivaient de manière générale leur maître aimé d’une bonne dizaine d’années au moins. Alors, quand le navire coulait, que le corsaire était embroché, qu’une gangrène mal désinfectée, car l’alcool ne servait à l’époque qu’un rôle de boisson récréative, emportait le fier matelot, le perroquet prenait son envol pour les terres lointaines, avertir la famille du mort, c’est un sale travail mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Il racontait alors toutes les belles aventures du défunt, et oui, vous l’avez deviné, c’est ainsi que parvinrent à nos oreilles les centaines de chansons, dites paillardes aujourd’hui par manque de culture et de goût, qui ravissent encore les connaisseurs et les aventuriers du monde entier.

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