L’horizon et la nuit

01h21

Encore une cigarette allumée à la volée. Une bouffée vite fait avalée au fin fond de mes poumons déjà biens noircis mais qui n’en finit pas de produire son effet. Encore une gorgée de cet alcool de luxe et ma voix n’est plus qu’un râle rauque et sourd. Bien que tout ça m’agace un peu, rien ne demeure plus d’un instant dans ma tête. J’ai la chance de pouvoir tout oublier ce soir, ce soir et les autres soirs j’ai cette chance. J’observe un moment les tâches mouvantes devant moi. Ce sont des gens. Ils ne me touchent pas mais j’apprécie leur présence. Je fais à peine la différence entre le sable, l’eau et le ciel de la nuit. Je m’approche du piano et ressent l’irrépressible envie d’user ce tabouret de bois qui jonche le sol et trempe dans le liquide. Je le relève, l’essuie de ma manche, gauche, et sans que personne ne semble le remarquer, je joue. Les blanches et les noires sont bien trop insignifiantes pour que je les distingue. Je joue simplement et je grogne une mélodie triste et légère. Les mots viennent, et je chante:

Summertime near the sea,

So near there’s nothing else that I could see from here,

No living soul in sight

From my old creaky cabin on the sand…

The world has no limit.

At least, not in space.

For time is dynamite

I walk at my own pace…

I’ve already left a leg on the burning road to peace

There’s nothing I would beg for,

Now everywhere’s my place…

Waves are slowly swaying

Between I and horizon,

So soft is the wind to my skin,

And yet it is warm in me…

But seeing human death-craft…

Will water still be daft

When wounded whales are dying?

I keep on wondering…

I keep on wondering…

Personne ne m’entend, ma voix trop faible et mes doigts maladroits ne font pas justice à ma fulgurance. Je m’en moque, mais… si une belle femme s’était détachée de la foule pour me murmurer quelque timide compliment cela ne m’aurait pas gêné. Rien ne me gêne plus à cette heure avancée, embourbé dans les ressentis changeants à chaque seconde, j’apprends à m’adapter ainsi qu’à accepter sans plus juger. La vie vient à moi mais je ne ferai plus un mouvement en son sens. Quel sens a la vie? Je n’en sais rien et m’en fiche.

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