Quatre sonnets

LETTRE D’AMOUR À L’ANCIENNE

Monsieur le garde en chef, je vous écris si tard
Car c’est nécessité de nous entretenir
au sujet de mon fils, le vil voleur de lard,
Que vous avez pendu sans nous en prévenir.

Sa mère et moi pleurons depuis que le crieur,
A l’heure du marché, a prononcé son nom.
Nous faisons le serment de prier le seigneur
Qu’il l’aime autant que nous, hui, nous vous haïssons.

Que votre cœur de pierre, à votre dernier jour,
Vous fasse tant souffrir de vous peser si lourd
Que vous repensiez lors, à votre geste laid.

Que vos yeux pleurent tant, à l’heure de la mort,
Rougis par le malheur, la peine et le remord
Que vous ne puissiez voir plus rien qui ne vous plaît.

***

NUIT D’ERRANCE

Il est tard, jolie dame, et les rues sont peu sûres.
Les entendez-vous pas, le rire et les murmures
Des gars du petit parc ? Qui gloussent par avance
En vous imaginant si faible et sans défense ?

Il est venu le temps de rebrousser chemin.
Repartez sans attendre et peut-être demain
Vous vous réveillerez avec votre vertu.
Pressez le pas avant que tout ne soit perdu.

Vous seriez bien mieux, par moi raccompagnée,
Vous auriez la vie, au moins, à y gagner.
Mais vous vous dirigez tout droit sur vos bourreaux,

Vous ne m’écoutez pas et suivez votre piste.
Hélas, tout est fini, mais je ne suis pas triste
Car je vous reverrai demain dans les journaux.

***

UN CHAT AU SOLEIL

Au soleil, à dorer, sur le trottoir, un chat
Est allongé en long et les passants l’évitent.
Ils le voient de très loin et l’enjambent d’un pas ;
Autour de son corps chaud, les chaussures gravitent.

Il ne bouge ni les oreilles ni les yeux
Lorsque passent, tout près, les bruyantes voitures.
Il ne remarque pas les grincements d’essieux
Des engins circulants à diverses allures.

C’est un repos de chef qui revient de la chasse,
De sa posture émane une très grande classe ;
Il a l’air à son aise, étalé comme un roi.

Les carreaux du trottoir font un petit tableau,
Dans lequel le félin aurait pu être beau
S’il n’y était crevé depuis bien plus d’un mois.

***

MISSELLE

Le pasteur accourut mais l’ivrogne était mort,
Noyé dans une flaque à têtard près du port.
C’est de là que partit la lente procession
Du corps qui ne reçut jamais l’extrême-onction.

Le pasteur se mordait fort la lèvre inférieure,
Ne pouvant faire taire une voix intérieure
Qui maudissait, le temps que dure le départ
Du cortège funèbre, un si fâcheux retard.

L’alcoolique était lourd car tout imbibé d’eau-
de-vie et de vinasse et peut-être d’ouzo.
Et le prêtre navré se tordait le pertuis.

« Ne vous en faites pas, » lui dit la foule probe,
« Etant d’une nature appelée hydrophobe,
L’huile sainte n’aurait fait que glisser sur lui. »

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